L’hypothermie guette quiconque fréquente la montagne où la température diminue de 1 °C tous les 150 mètres d’ascension et où le pouvoir refroidissant du vent est important (effet Windchill)

On parle d’hypothermie quand la température centrale du corps humain descend en dessous de 35°C.

Tous les spécialistes ne sont pas tout à fait d’accord sur la façon de définir les niveaux de gravité de l’hypothermie. Certains préconisent une classification en fonction de la température, d’autre en fonction du risque potentiel, d’autres en fonction du mécanisme impliqué, etc.

La classification la plus classique est fonction de la température centrale, c’est-à-dire de la température du cœur mesurée au moyen d’une sonde rectale ou œsophagienne à l’hôpital ou d’un thermomètre épitympanique[1] spécifique quand on est sur le terrain.

  • vent
  • hypoxie
  • humidité
  • déshydratation
  • épuisement
  • dénutrition
  • équipement inadapté
  • inaction
  • alcool




Les conseils du Docteur Vertical :
  • Le vent a un pouvoir de refroidissement important : s’en protéger rapidement est essentiel pour éviter l’hypothermie !
  • La majorité des pertes thermiques se font par la tête, les mains et les pieds. Bonnet, gants et chaussettes sont primordiaux : ne pas s’en séparer !
  • Les sous-vêtements mouillés par la transpiration ont un pouvoir refroidissant majeur lié à la conduction : changer rapidement de sous-vêtements quand ils sont humides, emporter des sous-vêtements de rechange dans le sac !
  • L’hydratation est indispensable pour assurer les échanges thermiques dans les différentes parties du corps : boire ou se refroidir, il faut choisir !
  • Les réserves énergétiques sont les seules capables d’activer les muscles et de dégager de la chaleur : se nourrir intelligemment et de façon équilibrée, et savoir gérer son effort dans le temps !
  • L’activité physique permet de maintenir une température de survie : ne jamais rester inactif !
  • L’alcool donne une sensation de réchauffement éphémère car il dilate les vaisseaux périphériques ce qui entraîne secondairement une hypothermie : ne boire de l’alcool qu’une fois le refuge atteint !

Comment évaluer un degré d’hypothermie ?

Les thermomètres utilisés traditionnellement pour mesurer la fièvre ne sont pas adaptés à l’hypothermie ; il faut un thermomètre épitympanique dont ne disposent généralement que les médecins spécialistes.

C’est ainsi qu’il vaut mieux apprendre à évaluer la température en fonction de l’aspect clinique

Évaluation de la température centrale de l’hypotherme

37°C - 35°C

pas d’hypothermie

frissons intermittents
conscience conservée

35°C - 32°C

hypothermie modérée

frissons permanents
conscience conservée

32°C - 28°C

hypothermie sévère

arrêt des frissons/hallucinations,
délire et perte de conscience progressive
rigidité musculaire modérée

28°C - 25°C

hypothermie majeure

ATTENTION FRAGILE !!!

coma/cœur battant - pouls régulier mais lent
rigidité musculaire importante

en dessous de 25°C

hypothermie létale

ATTENTION FRAGILE !!!

coma/état de mort apparente
arrêt cardiaque par fibrillation ventriculaire
pas de pouls ressenti
rigidité musculaire majeure

Attention ! Un hypotherme grave en état de mort apparente peut survivre. Le cas record de réanimation publié concerne une étudiante norvégienne en arrêt cardiaque à 13,7 °C. Elle a été massée près de deux heures avant d’être évacuée au centre hospitalier le plus proche où elle a pu bénéficier d’une circulation extracorporelle !

Comment réchauffer un hypotherme ?

Deux grandes catégories circonstancielles d'hypothermie :

  • Les hypothermies pures (sans lésion traumatique associée) dont l'exemple typique est l'alpiniste perdu, qui creuse un trou en attendant les secours.

Le pronostic est meilleur. C’est le cas le plus proche de l’hibernation : le cœur, les fonctions vitales ralentissent progressivement. Tant que le cœur ne s’arrête pas, tous les espoirs sont permis. De hypothermes à 25°C ont été réchauffés avec succès. Mais si le cœur s’arrête, peu survivent !

  • Les hypothermies associées (avec lésions traumatiques associées) dont l'exemple typique est celui de l'alpiniste qui se blesse en tombant au fond d'une crevasse, puis se refroidit.

Leur pronostic est moins bon. En dessous de 32°C, des troubles de coagulation importants surviennent et rendent le réchauffement très problématique.


    Si vous n’avez pas de thermomètre épitympanique !

    • Un hypotherme conscient a généralement une température centrale supérieure à 32°C.
      Il peut être réchauffé sur place de façon énergique avec les moyens du bord et doit être traité et évacué s'il présente des blessures associées
    • Un hypotherme inconscient à cœur lent a généralement une température centrale inférieure à 32°C.
      Ne pas masser !
      Évacuer avec beaucoup de précautions. Perfusions (chaudes si possible) en cas de traumatismes associés. Maintenir au mieux les fonctions vitales (oxygène)
    • Si un blessé inconscient en hypothermie, à cœur battant rapide, avec des lésions neurologiques ou/et traumatologiques importantes, est encore vivant, c’est que sa température centrale n’est pas au-dessous de 30°C.
      Le remplissage actif par des perfusions chaudes et/ou le salé hypertonique est la conduite à tenir conseillée.
      Conditionnement et évacuation classique avec oxygénothérapie.
      En expédition, masser en réchauffant avec bouillottes et duvet… et priez !
    • Un hypotherme à cœur arrêté sans lésion létale apparente en asystolie ou en fibrillation ventriculaire est a priori à moins de 28°C.
      Réanimation avec massage classique à un rythme de 80 par minute.
      Intubation ou masque laryngé conseillés et évacuation vers un centre hospitalier muni d’une CEC si la victime semble en arrêt depuis peu de temps.
      Arrêter la réanimation au-delà de 3 heures ou si lésion létale évidente.
      En expédition, masser en réchauffant avec bouillottes et duvet… et priez !


    [1] Thermomètre mesurant la température de la colonne d’air située contre le tympan.



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