EUROPE 1

Emission du samedi 9 février 2008

Thème : Internet et santé : danger ou allié ?


Monsieur Michel CYMES, médecin et présentateur

Docteur Loïc ETIENNE, médecin, fondateur et Directeur Général de www.docteurclic.com

Docteur Jacques Lucas, Vice Président du Conseil de l’Ordre des Médecins

Anne LEGAL, journaliste chroniqueur

Christophe, journaliste chroniqueur

Michel CYMES : Aux Etats-Unis 80% des internautes utilisent les web pour rechercher des informations sur la santé alors bien sûr la France n’est pas l’Amérique, l’accès aux médecins est chez nous beaucoup plus simple notamment parce que pris en charge même en partie par la Sécurité Sociale, mais c’est évident pour tout le monde, y compris pour les médecins quand on annonce un diagnostic à un patient il y a une chance sur deux pour qu’en rentrant chez lui il tape le nom de la maladie ou du médicament sur le Net pour, soit en savoir plus, soit vérifier ce que lui a dit le médecin. Cet accès à l’information serait plutôt bénéfique pour tout le monde si elle était fiable, vérifiée, contrôlée, malheureusement, c’est loin d’être le cas.

Nous allons en parler avec le Docteur Jacques LUCAS, Vice Président du Conseil de l’Ordre des Médecins et le Docteur Loïc ETIENNE, Directeur Général et fondateur de www.docteurclic.com, un des sites sérieux puisque vous avez obtenu la certification HON qui signifie Health On the Net, délivrée par la Haute Autorité de la Santé. En gros, c’est un tampon qui est donné aux sites sérieux parce qu’ils ont respecté huit principes incontournables, on va en reparler.

Mais d’abord Docteur LUCAS, vous qui représentez l’instance suprême de surveillance de ce que font les médecins en France, est-ce que le Conseil de L’Ordre a un bureau, un groupe de personnes qui s’occupent spécifiquement de ces sites santé ?

Docteur LUCAS : Non, mais le Conseil de l’Ordre a déjà émis un certain nombre de recommandations en 2000 et 2001 c’était le début de l’efflorescence des sites de santé et ces recommandations envoyées vers tous les médecins et qui sont bien sûr diffusées à l’intention du public, donneront en quelque sorte des guides de bonne pratique. Mais j’ajoute que nous sommes associés à la démarche de la Haute Autorité de la Santé, qui a prévu de créer un Comité de suivi de la certification des sites, et que c comité de suivi comportera un représentant national du Conseil de L’Ordre, ainsi qu’un représentant de l’Académie de Médecine fédérant les sociétés savantes.

Michel CYMES : Oui, parce que donner son imprimatur et mettre un tampon sur un site c’est une chose, il faut aussi surveiller qu’il respecte un petit peu toutes les règles qui lui ont permis justement de l’obtenir. donc votre site à vous, il a obtenu cette certification, est-ce que ça change d’après vous beaucoup de choses, est-ce que vous pensez que le public en cliquant va vraiment aller voir s’il y a le tampon HON ?

Docteur Loïc ETIENNE : Ecoutez je pense qu’il y a une maturité qui s’installe de plus en plus au sein du monde des internautes puisque au départ, à partir des années 2000, les gens découvraient un peu cet univers étrange de la médecine sur internet. Maintenant étant donné qu’il y a énormément de sites, et il y en a un certain nombre qui véhicule des notions un petit peu disons « border line ». C’est évident que les gens de plus en plus ont besoin d’avoir une référence et la norme HON est un moyen effectivement d’arriver à trier un petit peu mais ce n’est pas effectivement automatiquement la seule condition pour qu’un site soit de bonne qualité.

Michel CYMES : …52% de français adultes consultent internet pour y chercher des infos médicales….Depuis l’apparition d’internet 74% des français reconnaissent avoir suffisamment d’infos pour gérer leur santé mais, et on l’a déjà dit depuis le début de cette émission, le problème c’est de distinguer les bonnes infos des mauvaises.

Véronique : …Le problème c’est de dégotter le bon site parce que rien que sur GOOGLE, il y juste la bagatelle de 113 millions de réponses à éplucher.

Michel CYMES : Loïc ETIENNE, c’est vrai que quand on regarde l’accélération de tout ce qui est technologique sur internet, on se demande si demain, et je crois que ça existe déjà d’ailleurs, on pourra pas avoir un brassard pour prendre sa tension qui arrivera directement sur internet et sera analysée par un médecin, si on pourra pas se mettre des électrodes sur le thorax pour avoir un électrocardiogramme lui-même directement , bref le médecin sur internet nous guidera dans les gestes à faire, et pourquoi pas se faire une petite piqure ou une prise de sang qui ira directement, finalement, tout faire devant son ordi, hein ? C’est pas ça l’avenir ?

Loïc ETIENNE : Je ne sais pas si c’est ça l’avenir, en tout cas, une chose, il y a un mot qui a été prononcé tout à l’heure c’est le mot d’ « autodiagnostic » et je pense que c’est un mot qu’il faut déjà supprimer, parce que déjà difficile pour un médecin de faire un diagnostic alors pour un patient de faire lui-même son diagnostic c’est encore plus dur.

Donc en fait tout ce qu’on peut dire c’est que les systèmes expert, tels que ceux que nous avons développés par exemple sont des moyens qui permettent simplement par des simples questions qui sont les mêmes que celles que posent un médecin régulateur au SAMU. Lorsque vous appelez le centre 15, ces questions permettent de s’orienter, de juger un petit peu la gravité d’une situation et ça permet de savoir : « Qu’est-ce que je dois faire, qui appeler, dans quels délais, qu’est-ce que je peux prendre comme médicament en automédication en attendant mais ça ne remplace absolument pas le médecin. Quand vous parlez des capteurs, puisque effectivement ça existe déjà, les brassards à tension, on peut même trouver des glucomètres qui sont reliés par GPS.

Michel CYMES : Pour doser le taux de sucre dans le sang ?

Loïc ETIENNE : Voila, le taux de sucre dans le sang, on peut trouver un spiromètre pour voir un petit peu l’état de la respiration. Tous ces éléments de toute façon ne sont que des capteurs et on ne peut pas échapper, j’allais dire, à l’examen et au raisonnement du médecin, parce que les systèmes experts ne sont là que pour donner des orientations et ne font pas de diagnostic, il faut quand même être clair là-dessus.

Michel CYMES : Alors d’accord, admettons que vous alliez chez le médecin qui vous prescrive une liste d’analyse, en cholestérol, tout ce que vous voulez, finalement, pourquoi ne pas faire le laboratoire, je vais faire hurler tous ceux qui ont des laboratoires mais, un laboratoire ça peut être chez vous avec un petit appareil qui vous pique et qui va vous faire l’analyse, ça on n’a pas besoin quand on va dans un laboratoire, il nous examine pas le médecin qui gère les analyses.

Loïc ETIENNE : Oui si vous prenez le point de vue strictement technique, c’est vrai qu’effectivement on pourrait totalement imaginer, dans un avenir extrêmement proche d’avoir des systèmes expert plus des capteurs plus des analyses que l’on ferait à domicile, « home-test », mais il n’empêche que dans la relation médecin-patient, il n’y a pas que le diagnostic, il y a le traitement et il y la manière dont vous allez instaurer une relation avec votre patient et ça c’est essentiel, internet ne doit pas déshumaniser le médecin.

Michel CYMES : Véronique nous disait tout à l’heure que vous cliquez un mot en rapport avec la santé, le premier site qui apparaît sur GOOGLE c’est DOCTISSIMO. Alors c’est intéressant, Loïc ETIENNE, vous qui êtes concurrent de DOCTISSIMO puisque je rappelle que vous avez un autre site qui s’appelle www.docteurclic.com, vous n’apparaissez pas en tête, c'est-à-dire qu’on paye pour ça ?

Loïc ETIENNE : Si vous voulez la raison pour laquelle nous n’apparaissons pas c’est que nous n’avons pas fait de politique de référencement, DOCTISSIMO a fait une excellente politique de référencement. Il y a des techniques très simples qu’ils ont très bien faites, ils ont démarré à partir des années 2000 ce qui fait qu’ils sont en premier. En plus on peut acheter sur GOOGLE des liens sponsorisés c’est une manière de ramener du trafic, étant donné que leur modèle économique est de vivre de la pub. Nous c’est différent puisque nous en fait, nous vendons, nous fabriquons du contenu qui est écrit par des médecins, fabriqués par des médecins, validés, qui a vingt ans d’expérience puisque nous avons commencé en 1987, ce qui veut dire que nous avons mis des années à constituer une base de données. Toute cette base de données et toute cette expérience que nous avons acquise durant des années, nous les mettons à disposition d’autres sites qui eux ont besoin, cela fait que nous n’avons pas fait de politique de référencement.

Michel CYMES : Justement, c’est intéressant parce que je suis allé comparer les deux, DOCTISSIMO et DOCTEURCLIC, quand vous arrivez chez DOCTISSIMO, j’avais tapé un mot clé qui est « hépatite B » .. la première chose qui apparaît sur l’écran, c’est une pub, en plein écran, pour un médicament contre le rhume, qui est vendu sans ordonnance, donc publicité autorisé puisqu’il n’est pas remboursé par la Sécurité Sociale. Quand on va sur votre site, effectivement, on ne trouve pas de publicité, comment faîtes-vous pour vivre ?

Loïc ETIENNE : Et bien justement de cette façon-là, nous fournissons du contenu à d’autres sites qui ne peuvent pas se payer un contenu aussi énorme puisque notre encyclopédie est quand même gigantesque. C’est la première encyclopédie, en termes de volume, en France. Nous vendons du contenu à d’autres sites et en plus, grâce au système expert, nous commençons à vendre de l’expertise médicale à des institutions, on est en pourparlers en ce moment, en début de validation du système expert par les SAMU, étant donné que ce que nous avons mis en place pourrait aider la permanence des soins, et pourrait aider les PARM et les standardistes qui répondent aux questions des gens quand ils appellent un médecin, d’avoir les bonnes questions.

Michel CYMES : Puisque l’on parlait de la certification HON tout à l’heure, donc une certification qui nécessite de respecter 8 critères très sérieux, notamment le fait de bien séparer la publicité de tout ce qui est éditorial, DOCTISSIMO n’a pas souhaité je crois, demander, à moins que ça ait changé, la certification HON, il n’y a pas de représentant de DOCTISSIMO ici mais vous pensez que c’est à cause de la publicité… et en plus dès la première page, une fois qu’on a finit cette pub pour le médicament anti-rhume, on a deux grosses pub qui apparaissent sur la page d’accueil, est-ce que ça c’est incompatible avec l’obtention HON ?

Loïc ETIENNE : Ecoutez, moi je ne peux pas répondre à la place de DOCTISSIMO ; Il est évident qu’à partir du moment où les liens entre la publicité et le contenu ne sont pas extrêmement clairs, il y a un risque de collusion et c’est le sens de la charte HON. Cela dit je pense qu’on peut tout à fait faire de la pub.

Anne LEGAL : A propos de charte je regardais votre site www.docteurclic.com , j’ai vu qu’il y avait plein de chartes…la charte ARMEL …C’est quoi ces chartes exactement ? Elles sont décidées par qui, qui les respecte ? Comment ça se passe quoi ?

Loïc ETIENNE : En fait c’est lié à l’histoire.

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