La gelure est redoutée de l’alpiniste qui pratique la montagne surtout l’hiver, mais elle menace aussi le randonneur perdu ou le voyageur aimant fréquenter les régions froides.

C’est un gel des tissus qui atteint d’abord les extrémités, pieds et mains surtout, mais aussi parfois le nez, les joues, les oreilles et même les fesses ou les genoux quand on reste immobilisé dans un trou de neige ou une grotte de glace.

Comment se rendre compte qu’on se gèle ?

La perte de sensibilité est le premier signe de gelure.
Si l’on regarde ses doigts, on peut s’apercevoir qu’ils deviennent blancs, livides et froids.
On peut essayer de faire revenir le sang et la sensibilité en les agitant, les massant ou en les réchauffant sous les aisselles.
Si la sensibilité revient, c’est ce que l’on appelle une gelure de stade 1, déjà quasiment guérie.
Quand la sensibilité ne revient pas et que les doigts restent blancs, il faut s’inquiéter et trouver rapidement un abri.
Le meilleur moyen de les réchauffer est d’immerger les extrémités gelées (mains ou pieds) dans une bassine d’eau chaude (38 °C / 40 °C) pendant une bonne heure. Sans thermomètre, on peut évaluer la chaleur en trempant son coude dans la bassine comme pour le bain d’un nourrisson.
Il est conseillé, si possible, de boire chaud pour réactiver la circulation sanguine et de prendre un cachet d’aspirine pour améliorer la fluidité du sang dans les petits vaisseaux.

Comment évaluer la gravité des gelures ?

Évaluer la gravité des gelures est essentiel pour adapter le traitement et surtout savoir s’il est nécessaire, en montagne ou en expédition, d’évacuer ou non la victime vers un centre chirurgical adapté.

Un premier pronostic n’est possible qu’une fois le bain d’eau chaude terminé. En sortant les extrémités de l’eau, on remarque que la limite des lésions (bleues grises) est plus nette et qu’elle peut être mesurée. Tantôt elle disparaît complètement, tantôt elle recouvre seulement les pulpes, tantôt elle remonte beaucoup plus haut, prenant l’ensemble des doigts, voire la main ou l’avant-pied. En se référant à la classification qui va suivre, on peut alors déterminer un pronostic précoce suffisant pour prodiguer les premiers soins et prendre une décision sur l’orientation du blessé.

    L’immersion des extrémités gelées dans une bassine d’eau chaude à 38°C/40°C pendant 1 heure est la première chose à faire pour limiter les dégâts !

    Cette immersion dans un bassin d’eau chaude est aussi nécessaire pour évaluer la gravité des gelures !

      Traitement de la gelure d’urgence sur le terrain :

      bassine_mains bassine_pieds

      • Tremper les extrémités gelées dans un bain d’eau chaude à 38°C/40°C (vérifier la température de l’eau avec le coude comme pour le bain d’un bébé)
      • Ajouter à l’eau un produit antiseptique (iode, BETADINE)
      • Laisser à température constante pendant 1 heure en rajoutant régulièrement de l’eau chaude.
      • Faire boire au patient des boissons chaudes et légèrement sucrées.
      • Les pansements ne sont nécessaires que pour les gelures sévères et seulement à partir du deuxième jour, lorsque les phlyctènes (bulles ou ampoules) commencent à apparaître.
      • Ces phlyctènes doivent être aspirées proprement puis recouvertes d’un pansement hydrocolloïde (URGOTUL, par exemple) que l’on recouvre de compresses et de bandes. Les refaire tous les 2 ou 3 jours.

      Traitement médical associé :

      • Aspirine, 1 g par jour.
      • Buflomédil (FONZYLANE) matin et soir ou nifédipine (ADALATE), 1 gélule/jour ; ou encore 1 comprimé de pentoxifilline (TORENTAL) pour les Anglo-Saxons qui n’ont pas de buflomédil.
      • Antalgiques si la douleur est importante, paracétamol, dextropropoxyphène (DIALGIREX) ou tramadol (TOPALGIC)
      • Antibiotiques si les gelures sont sévères, amoxicilline (CLAMOXYL) ou pristinamycine (PYOSTACINE).

      Les quatres stades :

        
      • Pas de risque d’amputation.
      • Aspirine et buflomédil.
      • Guérison en 10 jours.
      • Pas de rapatriement en urgence.

      Stade 1

      La sensibilité revient après réchauffement (massage ou bain d’eau chaude)

      La couleur rose reprend le dessus

      Il n’y a pas de danger et vous pouvez reprendre votre activité, mais soyez prudent.


       

        • Pas de risque d’amputation.
        • Aspirine et buflomédil.
        • Guérison en 1 mois.
        • Pas de rapatriement en urgence mais arrêt de l’expédition.
            
           

          Stade 2

          La perte de sensibilité persiste et les dernières phalanges des doigts ou des orteils restent bleues ou violacées, mais les signes restent localisés sur les phalanges distales.

          Il faut arrêter l’activité au froid, réintégrer le plus vite possible un abri et faire chauffer de l’eau.

          Des petites phlyctènes, qu’il faudra soigner comme des ampoules, guériront en quelques semaines.

            
            
            • Lésions remontant au-dessus des dernières phalanges
            • Risque d’amputation à prévoir.
            • Aspirine et buflomédil.
            • Pansement stérile.
            • Antibiothérapie.
            • Rapatriement en urgence.

              Stade 3

              L’insensibilité et l’aspect bleuté remontent au-dessus des dernières phalanges distales mais ne remontent pas sur la main ou l’avant-pied.

              Il faut les réchauffer très vite dans de l’eau chaude et faire évacuer en urgence vers un hôpital le risque d’amputation est important.

              En expédition, un rapatriement rapide s’impose.
               

              • Lésions remontant au-dessus des dernières phalanges
              • Risque d’amputation à prévoir.
              • Aspirine et buflomédil.
              • Pansement stérile.
              • Antibiothérapie.
              • Rapatriement en urgence.



              Stade 4

              L’insensibilité et l’aspect bleuté remontent sur la main ou sur l’avant-pied.

              Il faut très vite de les réchauffer dans l’eau chaude et faire évacuer en urgence vers un hôpital car le risque d’amputation est majeur.

              Surtout, si la victime doit encore marcher, ne laisser pas ses pieds hors des chaussures car ils risquent de gonfler rapidement et l’empêcher de se rechausser.



              Les conseils du Docteur Vertical : la prévention !

              • L’absorption quotidienne de 250 mg d’aspirine diminue le risque de gelure.
              • Éviter le contact direct des mains avec des objets métalliques froids.
              • Utiliser du matériel de bonne qualité (gants pas trop serrés, chaussettes, chaussures, bonnet prenant les oreilles)
              • Éviter les gants humides et les chaussettes mouillées. Bien faire sécher ses vêtements (dans le duvet ou dans un refuge pendant la nuit)
              • Pas de chaussures trop serrées, mieux vaut une bonne chaussette que deux l’une sur l’autre qui compriment les pieds et gênent la circulation sanguine.
              • Penser à bien s’hydrater et garder des boissons chaudes en réserve dans un thermos. L’apparition des gelures est souvent le signe d’une hypothermie qui débute.
              • Changer de sous-vêtements à l’arrêt de l’exercice quand ils sont humides car cela provoque un choc thermique entre le noyau central du corps et la périphérie. C’est le meilleur moyen d’éviter l’onglée (ou « débattue » en suisse)
              • Ne pas attendre de ne plus sentir ses doigts pour réagir. Dès qu’une perte de sensibilité se précise, agiter les membres, les masser, laisser pendre les jambes quelques minutes et desserrer les sangles qui compriment la racine des membres (sangles du sac-à dos ou du baudrier)
              • Éviter de fumer et éviter l’alcool si l’on n’est pas à l’abri dans un refuge.
              • Ne pas abuser de la caféine.
              • Ne pas traumatiser pas les parties gelées (ne pas frotter avec de la neige car cela endommage les tissus atteints)
              Si l’évacuation n’est pas possible, malgré des gelures sévères, ne pas laisser les pieds hors des chaussures plus d’une heure pour les réchauffer car ils vont gonfler et il ne sera plus possible de se rechausser pour redescendre.

              Nouveau traitement :

              Un nouveau protocole de soin des gelures est en cours de validation à Chamonix.

              Il permettrait de réduire de façon importante le risque d’amputation.

              Il repose sur le fait que le mécanisme physiopathologique de la gelure, quand elle se réchauffe, se décompose en deux phases : une phase de réchauffement cellulaire précoce (quelques heures) inévitable qui détruit une partie des tissus, et une phase secondaire tardive (48 heures) qui met en jeu des phénomènes de nécrose secondaire progressive.

              Ce nouveau traitement agit à la fois en dilatant les petits vaisseaux et en débouchant les petites artères obstruées par les caillots.

              Ce protocole médicamenteux, malheureusement, ne peut être administré que par voie veineuse et est difficile à réaliser sur le terrain. En cas de gelure au stade 3 ou 4, une hospitalisation dans les meilleurs délais dans un centre de référence comme Chamonix est déterminante : ce traitement ne donne de bons résultats que s’il est institué dans les 48 premières heures.

              Où se faire soigner ?

              La gelure est une pathologie mal connue des hôpitaux de plaine.

              Les cas graves relèvent d’un centre spécialisé comme l’hôpital de Chamonix ou, tout au moins, d’un avis spécialisé par téléphone ou par télémédecine.

              L’envoi d’une simple photo numérique à un expert peut suffire à l’établissement à distance d’un diagnostic, d’un pronostic ou d’une conduite à tenir.

              La conduite à tenir dépend du lieu où la victime se trouve.

              En expédition lointaine, une gelure jugée de stade 3 ou 4 selon la classification présentée ici nécessite un rapatriement d’urgence.

              En France ou en Europe, l’hôpital de Chamonix où est installé l’IFREMMONT (Institut de Recherche et de Formation en Médecine de Montagne), particulièrement expérimenté en matière de gelures, pourra recevoir les victimes en urgence.

              À défaut, consulter un centre d’urgence et se renseigner en consultant le site www.ifremmont.com ou en appelant le numéro de renseignements montagne (SOS MAM : 0 826 14 8000)




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